Retour de la monarchie et rôle de Reza Pahlavi (fils du roi) dans l’avenir politique de l’Iran ?

Retour de la monarchie et rôle de Reza Pahlavi (fils du roi)

dans l’avenir politique de l’Iran ?

Résumé : Face à l’accroissement du mécontentement populaire à l’égard de la situation économique, politique et sociale en Iran, les spéculations sur l’avenir du système politique et la possibilité d’une transition vers une structure différente se multiplient. L’un des scénarios les plus controversés est celui d’un éventuel retour de Reza Pahlavi ou de la monarchie sur la scène politique iranienne. Ce texte propose une analyse des contextes sociaux et politiques, des limites structurelles et du rôle possible de Reza Pahlavi dans différents scénarios de transition.

 

Le régime monarchique en Iran, établi par Reza Shah Pahlavi en 1925 et poursuivi par son fils Mohammad Reza Shah jusqu’à la Révolution islamique de 1979, représente une période marquée par de fortes tensions et de nombreuses contradictions avec les idéaux de la Révolution constitutionnelle iranienne.

Reza Khan(1) accède au pouvoir en promettant modernité, progrès et réforme, mais prend progressivement le contrôle absolu de toutes les institutions du pays. Il domine le parlement, la presse, les partis politiques et même les institutions religieuses, instaurant une dictature militaire. Bien que certaines réformes civiles et infrastructures aient été mises en œuvre, elles s’accompagnèrent d’une centralisation du pouvoir, de l’élimination des opposants et de la répression des voix dissidentes.

Sous Reza Khan, les acquis de la Révolution constitutionnelle furent progressivement affaiblis : le parlement perdit tout pouvoir, les partis politiques et la presse libre furent censurés, menacés ou transformés en outils de propagande. Les lois et institutions modernes créées étaient imposées d’en haut, visant essentiellement à consolider le pouvoir du Shah. Dans un climat de violence politique, les opposants – qu’ils soient communistes ou religieux – furent emprisonnés, exécutés ou réprimés. Les mouvements ethniques et régionaux furent brutalement écrasés, rendant impossible toute expression indépendante.

Derrière cette façade de développement, la conscience nationale fut blessée, et l’esprit de liberté né de la Révolution constitutionnelle de nouveau étouffé. Ce texte examine ensuite les effets destructeurs du régime monarchique et le rejet populaire du système royal qui mena à la Révolution de 1979.

Étant donné que la monarchie – en particulier les règnes de Reza Shah et Mohammad Reza Shah – et plus récemment les prétentions de leur héritier Reza Pahlavi font de nouveau l’objet de débats, il est pertinent de réexaminer les raisons pour lesquelles la population iranienne s’est opposée au régime monarchique avant 1979. Plusieurs facteurs politiques, économiques, sociaux, culturels et intellectuels expliquent cette opposition, parmi lesquels :

  • Une corruption économique généralisée dans le gouvernement des Pahlavi, où une grande partie des ressources naturelles et des richesses nationales était accaparée par la famille royale, ses proches et certains groupes privilégiés, alors que la majorité de la population vivait dans la pauvreté. Le mode de vie luxueux de l’élite accentua les inégalités sociales malgré les énormes revenus pétroliers.
  • La SAVAK, police secrète redoutée, jouait un rôle central dans la répression des opposants politiques, pratiquant la torture, les arrestations illégales et l’intimidation.
  • Les médias étaient strictement contrôlés par l’État, toute critique du Shah ou du régime étant interdite et sévèrement punie.
  • La “Révolution blanche” de Mohammad Reza dans les années 1960 affaiblit les structures traditionnelles, provoqua un exode rural massif vers les villes et suscita le mécontentement des propriétaires terriens et des religieux.
  • La dissolution des partis populaires, la création du parti unique “Rastakhiz”, et l’expansion des pouvoirs de la SAVAK réduisirent considérablement l’espace politique. Les intellectuels, religieux et étudiants furent soumis à une pression constante.
  • Une dépendance excessive aux intérêts américains et occidentaux, symbolisée par la présence massive de conseillers étrangers, renforça chez certains le sentiment d’humiliation nationale, en particulier parmi les forces religieuses et nationalistes.
  • Les politiques culturelles, comme la levée du voile sous Reza Shah ou les réformes modernistes de Mohammad Reza, notamment le Festival des Arts de Shiraz, furent perçues comme des menaces contre la religion et les traditions islamiques. Les événements tels que le soulèvement du 15 Khordad 1342 (1963) ou le massacre du 17 Shahrivar 1357 (1978) intensifièrent la colère populaire et accrurent la légitimité des forces révolutionnaires.

 

La question : la monarchie peut-elle revenir en Iran ?

La possibilité d’un retour de Reza Pahlavi au pouvoir est une question complexe, dépendante de multiples facteurs politiques, sociaux et internationaux. Il faut distinguer les revendications d’une partie de la population et les réalités politiques du système actuel de la République islamique.

Le mécontentement populaire constitue une base pour le changement, mais ne signifie pas nécessairement un retour à la monarchie. Les protestations récentes (2017, 2019, 2022) expriment un rejet du régime en place, sans pour autant manifester un désir clair de retour à la monarchie ou d’un leadership spécifique.

Certains souhaitent une transition vers un système laïque et démocratique, sans que la monarchie ou Reza Pahlavi en soient la solution évidente. Reza Pahlavi s’est efforcé ces dernières années de se présenter comme un acteur national et démocrate, non comme un prétendant au trône. Il affirme ne pas chercher le retour d’une monarchie traditionnelle, mais soutient une approche démocratique et élective.

Un certain sentiment nostalgique envers l’ère Pahlavi existe chez une partie de la population, nourri par le ressentiment à l’égard de plus de quarante années de régime islamique autoritaire. Toutefois, cette nostalgie n’est pas nécessairement due aux actions politiques de Reza Pahlavi lui-même.

Malgré une certaine popularité auprès de certaines couches sociales, Reza Pahlavi ne dispose pas d’une base sociale et politique solide à l’intérieur du pays, du moins pas de manière organisée et mesurable.

Ainsi, si une transition politique devait avoir lieu un jour – par révolution, effondrement du régime ou compromis national – le système politique qui en émergerait devrait probablement être choisi de manière démocratique : référendum national pour déterminer la forme de gouvernement (république, monarchie constitutionnelle, ou autre), assemblée constituante ou institution de transition. Dans ce scénario, Reza Pahlavi pourrait jouer un rôle symbolique ou de transition, mais pas nécessairement en tant que roi.

Conclusion

Le régime monarchique des Pahlavi en Iran, caractérisé par la dictature, la corruption et la répression, a laissé un lourd héritage pour le peuple iranien. Après la révolution de 1979, Reza Pahlavi a été rejeté par la population comme représentant de l’ancien régime. L’expérience monarchique reste un chapitre sombre de l’histoire de l’Iran, qui a non seulement provoqué un vaste mécontentement social, mais aussi entraîné une transformation fondamentale du système politique.

Un retour de Reza Pahlavi  (fils du roi) sous la forme d’une monarchie traditionnelle semble aujourd’hui peu probable. Et si une transition majeure survenait après des années de résistance populaire et de répression étatique, le retour à un régime autoritaire passé serait une régression historique absurde et impossible.

 

(1)  –  Reza Khan Mirpanj, officier de la Brigade cosaque, s’est hissé au sommet du pouvoir en s’appuyant sur la force militaire, la fragilité structurelle de l’État qajar et des soutiens étrangers explicites ou implicites, empruntant la voie du coup d’État, de la centralisation autoritaire et de l’élimination des institutions naissantes du constitutionnalisme pour fonder, in fine, la dynastie Pahlavi.